La fécondation in vitro conventionnelle (FIV classique) et la fécondation in vitro avec micro-injection spermatique (ICSI) font partie des principales techniques de procréation médicalement assistée (PMA) utilisées dans la prise en charge de l’infertilité. Leur indication repose sur une évaluation médicale rigoureuse, tenant compte des facteurs féminins, masculins ou mixtes pouvant altérer la conception naturelle.

Ces techniques s’appuient sur des protocoles médicaux validés, issus des données scientifiques actuelles et des bonnes pratiques cliniques, et sont mises en œuvre dans un cadre strictement réglementé par les autorités sanitaires tunisiennes. La compréhension de leurs principes, de leurs indications et de leurs modalités permet aux patients d’aborder le parcours de prise en charge de l’infertilité de manière éclairée, dans un contexte médical encadré, avec une information fondée sur des éléments médicaux vérifiés.

Les étapes de la fécondation in vitro conventionnelle (FIV)

La fécondation in vitro conventionnelle (FIV) repose sur une succession d’étapes médicales et biologiques strictement protocolisées. Chaque phase est encadrée par une équipe spécialisée en procréation médicalement assistée et adaptée au profil clinique de la patiente et du couple. La durée, les modalités et les résultats peuvent varier selon la réponse individuelle aux traitements.

Stimulation de l’ovulation

La stimulation ovarienne constitue la première étape d’une FIV. Elle repose sur ladministration de traitements hormonaux injectables contenant de la FSH (Follicle-Stimulating Hormone). L’objectif de ce protocole est de stimuler simultanément le développement de plusieurs follicules ovariens au cours d’un même cycle.

Cette phase dure aux alentours de  10 jours, avec un suivi régulier par échographie pelvienne et dosages hormonaux, afin d’évaluer la croissance folliculaire et d’ajuster les doses si nécessaire. Pour éviter une ovulation spontanée, votre gynécologue obstétricien spécialisé en traitement de l’infertilité  vous prescrit un traitement pour bloquer le mécanisme naturel déclenchant la libération de l’ovocyte. Ce traitement repose sur des médicaments appelés agonistes ou antagonistes de la GnRH. Ils agissent en contrôlant les hormones responsables du pic de LH, ce qui permet de garder les ovocytes disponibles jusqu’au moment prévu pour la ponction.

L’objectif est d’obtenir plusieurs ovocytes matures, augmentant ainsi les chances de fécondation et de développement embryonnaire.

Le monitorage ovarien

Le protocole de stimulation nécessite un suivi attentif, appelé monitorage, afin d’optimiser les chances de succès du traitement de l’infertilité tout en garantissant la sécurité de la patiente. Cette étape est cruciale pour prévenir le risque de syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO).

Cette surveillance repose sur deux piliers complémentaires réalisés lors de chaque consultation :

  • L’échographie endovaginale : Elle permet de suivre en temps réel la croissance des follicules et d’en mesurer le diamètre.
  • Le bilan biologique : Un dosage sanguin de l’œstradiol est effectué pour évaluer la réponse hormonale des ovaires au traitement.

Une fois que les critères de maturité sont atteints — c’est-à-dire lorsque les follicules présentent une taille optimale et que les taux hormonaux sont cohérents — l’équipe médicale programme le déclenchement de l’ovulation. Celui-ci est réalisé par une injection d’HCG (Hormone Chorionique Gonadotrope), marquant la dernière étape avant la ponction.

Ponction ovocytaire

La ponction est l’étape chirurgicale qui permet de recueillir les ovocytes arrivés à maturité. Cet acte technique, bien que bref, nécessite une précision rigoureuse et un environnement stérile.

La ponction est programmée précisément 36 heures après l’injection de déclenchement (HCG). Elle se déroule en clinique, au sein d’un bloc opératoire, et s’effectue en ambulatoire (hospitalisation de jour).

Déroulement technique de l’intervention

La procédure dure en moyenne une dizaine de minutes. Le gynécologue procède de la manière suivante :

  1. Guidage échographique : À l’aide d’une sonde endovaginale, le médecin visualise les follicules matures sur chaque ovaire.
  2. Aspiration folliculaire : Une aiguille fine, fixée sur un guide solidaire de la sonde, est introduite à travers la paroi vaginale. Le médecin pique successivement chaque follicule pour en aspirer le contenu.
  3. Recueil du liquide : Le liquide folliculaire, qui contient l’ovocyte entouré de ses cellules nourricières, est recueilli dans des tubes stériles via un système d’aspiration douce (pompe régulée).
  4. Transfert immédiat au laboratoire : Afin de préserver la viabilité des gamètes, les tubes sont maintenus à une température constante de 37°C. Ils sont immédiatement transmis au laboratoire de biologie de la reproduction adjacent au bloc. Les biologistes procèdent alors à l’identification, l’évaluation et la préparation des ovocytes en vue de la mise en fécondation.

Recueil et préparation du sperme

Le jour de la ponction ovocytaire, un recueil de sperme est effectué. Les spermatozoïdes sont préparés en laboratoire afin de sélectionner ceux présentant les meilleures caractéristiques fonctionnelles.

Co-incubation ovocytes–spermatozoïdes

La co-incubation consiste à mettre en contact les ovocytes et les spermatozoïdes dans le même milieu de culture afin de permettre une fécondation spontanée, sans intervention directe sur l’ovocyte.

Développement embryonnaire

Après la fécondation, les embryons obtenus sont cultivés en laboratoire pendant une période de 2 à 6 jours, selon leur évolution.
Cette phase permet d’observer la division cellulaire, la morphologie et la dynamique de développement embryonnaire. Une surveillance biologique rigoureuse est assurée afin d’identifier les embryons présentant le meilleur potentiel évolutif en vue du transfert.

Transfert embryonnaire

Le transfert embryonnaire consiste à déposer un ou plusieurs embryons sélectionnés dans la cavité utérine à l’aide d’un cathéter fin, par voie vaginale.
Le nombre d’embryons transférés est déterminé par l’équipe médicale en fonction de plusieurs paramètres, notamment l’âge de la patiente, la qualité embryonnaire, les antécédents médicaux et les recommandations en vigueur, dans le but de limiter les risques de grossesses multiples.

Test de grossesse

Le test de grossesse est la dernière étape de la fécondation in vitro (FIV). Il se fait environ 14 jours après le transfert embryonnaire par test urinaire ou, de façon plus fiable, par dosage sanguin de la β-hCG.

Les étapes de la fécondation in vitro (FIV) étape par étape

Les étapes de la fécondation in vitro avec micro-injection spermatique (ICSI)

La fécondation in vitro avec micro-injection spermatique (ICSI) est une technique avancée de procréation médicalement assistée, intégrée au parcours de prise en charge de l’infertilité. La fécondation in vitro avec micro-injection spermatique est devenue la méthode de choix dans la majorité des centres de fertilité, car elle permet d’optimiser le taux d’activation ovocytaire et d’obtenir un plus grand nombre d’embryons par cycle.

Le parcours clinique de la patiente demeure strictement identique à celui d’une FIV conventionnelle, incluant les phases de stimulation ovarienne, de monitorage et de ponction ovocytaire.

Le processus biologique

Contrairement à la FIV ou Fécondation in vitro conventionnelle, où les ovocytes sont simplement mis en contact avec un grand nombre de spermatozoïdes, dans le cas d’une ICSI, le biologiste choisi le spermatozoïde et l’injecte directement dans le cytoplasme de l’ovocyte.  Cette approche permet de déclencher de manière maîtrisée l’activation ovocytaire et de contourner les obstacles liés à la mobilité ou au nombre insuffisant de spermatozoïdes.

Dénudation et contrôle de la maturité nucléaire

Les ovocytes prélevés sont initialement protégés par un ensemble de cellules nourricières, le complexe cumulo-ovocytaire (CCO). Pour réaliser l’ICSI, l’embryologiste procède à une « dénudation » par digestion enzymatique afin de libérer l’ovocyte de son cumulus.

  • L’avantage diagnostique : Une fois dénudé, l’ovocyte peut être observé avec précision. Seuls les ovocytes ayant atteint une maturité complète (stade Métaphase II, caractérisé par la présence d’un globule polaire) seront micro-injectés.

Sélection morphologique

Le choix du spermatozoïde est une étape primordiale pour la qualité de l’embryon futur. À l’aide d’un micromanipulateur sous microscope, l’embryologiste analyse les gamètes mâles.

  • Critères de sélection : On privilégie un spermatozoïde présentant une tête aux contours réguliers et un flagelle (queue) de longueur normale.
  • Précision contre la polyspermie : En sélectionnant manuellement un seul spermatozoïde, on élimine le risque de polyspermie (pénétration accidentelle de plusieurs spermatozoïdes, rendant l’embryon non viable) ou l’échec de pénétration de la membrane ovocytaire.

La micro-injection et l’activation ovocytaire

Le spermatozoïde choisi est délicatement déposé dans le cytoplasme de l’ovocyte. Ce geste technique permet de court-circuiter les défaillances de mobilité ou de morphologie spermatique. En moyenne, 70 % des ovocytes injectés mènent à la formation d’embryons, offrant ainsi un taux de fécondation et de grossesse optimal par cycle.

Culture embryonnaire

Les ovocytes fécondés sont placés en culture embryonnaire dans des conditions contrôlées pendant 2 à 5 jours, selon leur évolution.
Cette période permet d’évaluer la division cellulaire, la qualité morphologique et le potentiel évolutif des embryons, jusqu’au stade de zygote ou de blastocyste.

Transfert embryonnaire

Un ou plusieurs embryons sélectionnés sont transférés dans la cavité utérine à l’aide d’un cathéter fin, généralement entre le 2ᵉ et le 5ᵉ jour après la ponction ovocytaire.
Le nombre d’embryons transférés est déterminé par l’équipe médicale en fonction de l’âge de la patiente, de la qualité embryonnaire, des antécédents et des recommandations médicales, afin de limiter le risque de grossesses multiples.

Test de grossesse

Le test de grossesse doit être réalisé environ 14 jours après le transfert embryonnaire par dosage sanguin de la β-hCG ou par test urinaire. Ce délai est essentiel pour éviter les faux positifs dus à l’hormone hCG exogène utilisée lors du déclenchement de l’ovulation. Le test sanguin β-hCG après FIV est l’examen de référence pour confirmer une grossesse débutante et évaluer le succès du transfert d’embryon.

Pourquoi privilégier l’ICSI

Cette technique innovante apporte une réponse concrète aux défis modernes de la fertilité :

  • Infertilité masculine sévère : Elle est indiquée en cas d’Oligoasthénotératospermie (OATS) sévère, de spermatozoïdes immobiles ou issus d’un prélèvement chirurgical (biopsie testiculaire).
  • Impact environnemental : Face à la détérioration de la qualité spermatique liée à la une hygiène de vie moins saine, l’ICSI sécurise les chances du couple en garantissant l’introduction d’un gamète de qualité.
  • Optimisation embryonnaire : En maximisant le nombre d’ovocytes fécondés, elle augmente les probabilités d’obtenir des embryons de haute qualité (stade blastocyste) pour le transfert.

 

La congélation embryonnaire (optionnelle)

Lorsque plusieurs embryons de bonne qualité sont disponibles après le transfert, ceux-ci peuvent faire l’objet d’une congélation embryonnaire. Cette option permet de conserver des embryons en vue de tentatives ultérieures, sans avoir recours à une nouvelle stimulation ovarienne. Le délai entre deux transferts dépend du contexte médical, de la récupération de la patiente et des recommandations de l’équipe soignante, dans un cadre médical strictement encadré.
La fécondation in vitro (FIV/ICSI) s’inscrit ainsi dans une démarche médicale progressive, individualisée et fondée sur des protocoles validés, visant à optimiser les chances de conception tout en respectant la sécurité et la santé de la patiente.